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Non-Monogamie

Des constructions
Épisode 03

Derrière la vieille référence que contient la cover de cet épisode, nous allons parler d’un sujet qui me tient particulièrement à cœur. L’amour. Nous allons questionner la monogamie et aborder les autres possibilités qui s’offrent à nous, comme la non-monogamie et particulièrement le polyamour.

L’intention de ce podcast est d’éveiller (ou réveiller) en vous des questions. Afin de permettre une accessibilité et une inclusivité maximales, vous trouverez ci dessous l’intégralité du script de l’épisode. Même si je vous invite évidemment à l’écouter si possible.
En bas de page vous trouverez une liste des ressources que j’ai consultées lors de l’écriture de cet épisode ainsi que des recommandations diverses que j’aimerais vous faire sur le sujet afin d’éventuellement compléter votre compréhension de celui ci.

Transcription de l'épisode

Alors que j’attaque à peine la rédaction de cet épisode, il me semble évident que la liste des points à aborder est longue et complète. Plus que jamais, je vous rappelle que vous trouverez pléthore de liens dans les notes de l’épisode

Aujourd’hui, j’ai décidé de vous parler d’amour. Et si j’ai décidé de vous en parler, vous devez l’avoir deviné, c’est parce que je l’ai beaucoup questionné ces dernières années.

Mais ne dérogeons pas à l’habitude : commençons par le commencement.

L’amour, au sens romantique et commun qu’on lui connaît, n’a pas vraiment été un modèle auquel j’ai été exposé•e durant mon enfance et mon adolescence. Mes parents étaient toujours ensemble, mais leur relation était pour le moins toxique.

Ma vie sentimentale a commencé alors que j’avais une quinzaine d’années, quand j’ai commencé à développer des sentiments pour une personne à qui je ne les avouerai que cinq ans plus tard. Bien trop tard… par manque de confiance en moi.

Il m’aura fallu attendre la libération provoquée par cette révélation pour que je m’autorise à éprouver ces mêmes sentiments pour une autre personne. J’avais bien partagé quelques moments intimes, fugaces et isolés, mais je ne m’étais, je pense, pas autorisé·e à aimer une autre personne qu’elle.

Il faudra donc attendre mes vingt ans pour que je vive ma première relation romantique. Et elle durera neuf ans. Neuf années d’une relation malade, mais ce n’est pas le sujet qui nous occupe aujourd’hui.

Presque immédiatement après cette rupture, je me suis retrouvé•e dans une magnifique relation qui dura… neuf ans également. Mais une relation totalement épanouissante cette fois, qui vit naître mon fils.

Si vous avez fait le calcul… première relation à vingt ans… qui dure neuf ans… puis une autre relation de neuf ans… Au début de l’année 2019, je devenais donc célibataire à 39 ans, après 18 années consécutives de vie de couple. J’avais une grande envie de comprendre qui j’étais et ce que je voulais pour mon futur, car malgré une expérience relationnelle longue, celle-ci était finalement assez peu variée avec seulement deux partenaires.

De ces deux relations, j’avais en tout cas retenu une chose : de la première, j’avais appris qu’être en couple n’est pas une victoire. De la seconde, que la rupture n’est pas un échec. Et ce constat était important pour la suite.

Je vous disais que je me suis posé de nombreuses questions après cette séparation, et c’est vrai. Je m’en suis posé de très importantes même, mais au début pour de mauvaises raisons.

J’avais peur de ne jamais retrouver ce que je venais de perdre en matière de relation. Peur de ne jamais retrouver une personne qui regroupe autant de qualités qui me sont importantes. Alors j’ai remis tout en question pendant quelques jours, j’ai retourné le problème dans tous les sens, analysé mon vécu et tiré les conclusions qui s’imposent : l’exclusivité ne me convenait pas.

Évidemment, je ne vais donner que mon ressenti, en détaillant mes besoins, limites et problématiques. Cela n’enlève rien à la réalité et à la validité des autres vécus. Qu’ils soient dans l’exclusivité ou d’autres formes de non-monogamies que celle que je vais vous décrire.

J’aime rencontrer de nouvelles personnes. J’aime les découvrir, et tout apprendre sur elles. J’aime avoir ce moment de crush, quand on n’attend rien de l’autre et qu’on veut juste apprendre à la connaître. Et pourtant… je me l’étais souvent refusé.

Je me l’étais souvent refusé, car nous vivons dans un monde binaire qui ne croit pas en l’amitié entre personnes de sexes ou genres opposés. Lors de ma première relation, la toxique, cela m’est souvent arrivé, cet intérêt soudain pour une nouvelle personne, et j’ai parfois un peu joué avec le feu, car j’étais à l’époque dans un malaise profond dans mon propre foyer. Lors de ma deuxième relation, les choses ont été fort différentes et j’avoue que ce genre de moments ne s’est jamais présenté tant je me sentais apaisé·e et bien dans notre relation et le mode de vie qui était le nôtre.

Avec cette nouvelle vie qui commençait et les embranchements possibles à prendre, je devais réfléchir à mes besoins et mes limites. Il m’a semblé évident que la monogamie n’en serait pas le centre. Mais là, certains et certaines d’entre vous doivent s’interroger ou même se méprendre concernant ce que j’entends par non-monogamie, alors je vais vous expliquer comment moi je le vis.

Souvenez-vous bien que tout le monde ne le vit pas de la même façon. Les notes de l’émission regorgent de liens pour vous en convaincre et en apprendre plus sur le sujet.

L’amour n’est pas une chose finie, et c’est un fait, pas une opinion.

Nous n’avons pas d’obligation de n’aimer qu’un seul de nos enfants. Qu’un seul de nos parents. Un seul des animaux faisant partie de notre famille. Un seul de nos amis. Et pourtant, quand on en vient à parler de l’amour romantique, tout à coup, on n’a plus le droit d’aimer plusieurs personnes.

Enfin… si. On a le droit d’aimer plusieurs personnes, mais pas en même temps.

Nous avons le droit de ressentir le plus intense des sentiments pour deux, dix, cent personnes dans notre vie, tant que nous avons la décence de les étaler dans le temps.

Cela n’a aucun sens à mes yeux.

L’amour n’est pas une chose finie.

Aimer plusieurs personnes, ce n’est pas les aimer moins chacune. D’ailleurs on aime jamais deux personnes de la même façon. Chaque relation est unique. Nous apporte des choses semblables, mais aussi très différentes. Et c’est très bien comme cela.

La non-monogamie peut prendre plusieurs formes très diverses. Du couple ouvert à l’anarchie relationnelle en passant par le libertinage ou la forme qui me concerne : le polyamour.

Ce qui est important pour moi dans le polyamour, mais qui est souvent mal compris par les personnes non concernées, c’est que c’est une capacité.

La capacité d’avoir plusieurs relations simultanément et en accepter autant de la part de mes partenaires.

Capacité n’est pas obligation ! Ce n’est pas du tout une quête d’avoir un maximum de partenaires. D’ailleurs en ce moment et depuis un certain temps, je n’ai qu’une seule relation et j’en suis totalement satisfait·e. Cela ne nous empêche pas de rester ouvert·e·s toustes les deux à l’imprévu.

Je veux m’autoriser à approcher de façon totalement neutre une personne que je rencontre. Sans attente qu’il y ait forcément de la séduction, mais sans non plus me focaliser sur le fait qu’il ne doit surtout pas y en avoir. Savoir que je ne trahis pas ma ou mes relations existantes juste en parlant avec une personne avec qui il pourrait potentiellement y avoir des atomes crochus. Je ne vais pas me jeter pour autant sur chaque inconnu·e·s. Juste m’écouter, et ne pas fuir tout rapprochement imprévu.

Le polyamour a très souvent mauvaise presse.

Les personnes polyamoureuses sont hypersexualisées. L’image que nous sautons sur tout ce qui bouge, couchons avec plus ou moins n’importe qui et risquons de “piquer” vos partenaires si nous sommes ami·e·s reste fortement présente dans l’inconscient collectif.

C’est en partie dû au fait qu’une grande confusion existe autour de ce terme. Beaucoup de personnes le confondent avec le libertinage qui est généralement plus tourné vers les relations sexuelles. D’autres avec le concept de couple ouvert qui est également très différent. Le couple ouvert se construit autour de ce couple initial et reste, dans les faits, assez monogame même s’il évite l’exclusivité. Et, bien sûr, certaines personnes ayant opté pour le polyamour pratiquent également le libertinage. Mais ce n’est pas le cas de tout le monde.

De nouveau, aucun jugement de valeur n’est à porter sur les préférences relationnelles d’autrui. Il y a juste des modèles qui nous conviennent et d’autres non. Souvenez-vous de l’épisode deux et évitons les “moi, je ne pourrais pas”. Car on ne vous demande rien d’autre que de nous accepter tel·le·s que nous sommes. Évidemment, certaines personnes pratiquant le polyamour et y ayant trouvé ce qu’elles recherchaient depuis toujours vont avoir tendance à essayer de vous convaincre. Et le prosélytisme est rarement un bon choix. Même si je pense que nous ne sommes pas faits et faites pour être monogames, nos sociétés sont taillées pour nous convaincre du contraire et cela devrait toujours rester un choix conscient plutôt qu’un choix par défaut.

Inutile de mentir non plus en dressant un portrait idyllique. Si les personnes polyamoureuses ne sautent pas plus, en moyenne, sur tout ce qui bouge, bien évidemment, le risque de trahison (qui se caractérise ici plus par le mensonge que la tromperie) n’est pas absent pour autant.

Il est également assez difficile de faire des rencontres en dehors de plateformes spécialisées, car dès que le polyamour est abordé, les partenaires potentiel·le·s non concerné·e·s fuient rapidement. Et quand par chance on trouve une personne se déclarant polyamoureuse, dans les faits, on se retrouve souvent avec une personne en relation ouverte qui ne cherche que des relations limitées au cadre sexuel, d’une personne poly-acceptante qui mettra un terme à la relation dès qu’elle aura la possibilité d’en entamer une exclusive, ou tout simplement ne disposant pas de temps pour s’engager dans une relation plus profonde.

Car l’amour n’est pas une chose finie, mais le temps si.

Et maintenir des relations saines où chaque personne peut y faire entendre ses besoins et limites, cela demande du temps et beaucoup de communication.

Ah la communication. Elle est primordiale pour une relation monogame saine, mais indispensable en polyamour. Il faut pouvoir évoquer ses besoins et ses limites. Communiquer clairement sur les disponibilités et attentes respectives. L’établissement d’un contrat relationnel, écrit ou tacite, n’est d’ailleurs pas rare ni à proscrire. C’est tout un travail pour faire fonctionner correctement tout le petit monde qui s’articule autour de nous. Que votre relation soit adepte du “on ne raconte rien” ou au contraire du “kitchen table” (qui consiste à pouvoir, sans malaise, réunir plusieurs partenaires dans la même pièce).

Ne parlons pas des couples qui décident de s’ouvrir pour résoudre un problème dans leur relation. J’en ai été la victime et il est vraiment douloureux de voir votre monde s’effondrer quand, dans un mouvement de panique, le couple se referme sans tenir compte des dommages collatéraux qu’ils ont provoqués. Et ici le sexisme est encore souvent d’application, quand dans un couple hétéro l’homme cis désire ouvrir le couple pour être “libre”, mais n’apprécie absolument pas de voir sa compagne avoir plus de succès que lui. Si je me base sur les témoignages que j’ai pu récolter, c’est une des causes fréquentes de retour en arrière.

Mais pourquoi le polyamour ?

Le polyamour, c’est conserver la possibilité de rencontrer de nouvelles personnes qui pourraient nous plaire en sachant qu’on ne trahit pas la confiance d’un ou une partenaire. Sans certitude que cela mène forcément à quelque chose par la suite.

C’est s’autoriser à découvrir pleinement les autres, sans autre limite que celles définies avec chaque partenaire, mais aussi sans attentes. S’autoriser à ressentir autant que nécessaire ce qu’on appelle le NRE (new relationship energy) provoqué par l’entrée d’une nouvelle personne dans notre vie.

La monogamie et l’exclusivité, c’est ce qui mène aussi certaines relations à leur terme quand, parfois, on rencontre une nouvelle personne qui nous fait nous sentir différent ou différente. On se dit que c’est meilleur que ce que l’on a déjà. On veut vivre cette histoire inconnue et mystérieuse, alors on décide de mettre fin à l’histoire que l’on vit déjà.

Alors bien sûr, si votre relation ne vous satisfait plus, la problématique est toute autre, mais quand une rupture est due à une nouvelle rencontre… Qui plus est, une partie de ces nouvelles rencontres ne mènera à rien. On se retrouve donc avec une relation perdue, et même si certains couples initiaux se reforment, la confiance est parfois définitivement perdue.

Mais je pense que le polyamour, c’est aussi ce qui m’a permis de réaliser que ma relation la plus importante est celle que j’ai avec moi-même.

Les autres ne sont pas responsables de mon bonheur. Je ne suis pas responsable des leurs. Je construis mon propre bonheur et cherche des personnes avec qui le partager ensuite.

Je veux aussi m’éloigner de la sacro Sainte image qu’une relation doit être longue pour être forte. Je veux en finir avec l’escalator relationnel. Je vous ajouterai des liens sur le concept dans les notes, mais on parle ici du fait qu’une relation doit forcément et continuellement aller “vers le haut”.

On doit sortir ensemble, puis s’aimer, puis vivre ensemble, se marier et avoir des enfants, acheter une petite maison avec une barrière blanche, adopter 2 chiens pour enfin attendre la retraite et puis la mort ensemble. Toute étape manquée, tout palier un peu trop long ou tout mouvement dans l’autre sens est généralement perçu comme un échec plutôt que de souligner l’intelligence qu’ont eu les personnes à communiquer et s’écouter pour respecter leurs besoins mutuels.

Je suis parcouru·e de doutes concernant mon désir ou non à habiter encore un jour avec une autre personne. Ou dans une configuration de logement intermédiaire qui permet une forme de chacun/chacune chez soi.

Je ne veux plus jamais promettre mon “amour pour toujours” à qui que ce soit. Je veux promettre “vivons quelque chose ensemble tant que cette relation nous procure du bonheur à toustes les deux”.

Beaucoup de personnes ne se sentent pas aptes au polyamour, car elles se disent jalouses.

Bien sûr, la jalousie existe dans le polyamour, même si j’ai la chance de très peu en éprouver. Ce n’est pas une chose honteuse d’ailleurs. Mais elle est souvent plus le marque de nos propres manques de confiance en nous que de manque de confiance en l’autre. Une fois qu’on s’autorise à être vraiment touché·e par le bonheur de la personne aimée, peu importe qu’elle vive ce moment avec nous ou une autre personne.

On peut même se dire “Malgré toutes les bonnes choses qui lui arrivent, cette personne revient toujours vers moi. Elle n’est pas ici par nécessité, mais vraiment par envie.” Cela aide beaucoup à mieux appréhender nos relations.

Dans les notes de l’épisode, vous trouverez un lien vers un épisode du podcast “Émotions” qui parle de la compersion et qui explique en long et en large ce concept passionnant.

Il y a encore tellement de choses que j’aimerais aborder…

Les personnes qui nous disent “Ce n’est pas grave, tu as d’autres relations” lorsque nous vivons une rupture… Niant le caractère unique de chaque relation.

Que nous sommes toutes et tous uniques. Que personne ne peut réellement prendre notre place, comme nous ne pouvons jamais réellement prendre celle d’une autre personne.

Le fait que la prévention des maladies et infections sexuellement transmissibles est, forcément, un sujet à aborder ABSOLUMENT, encore plus en cas de partenaires multiples.

Qu’une relation n’implique pas forcément de dimension sexuelle.

Aborder le concept de “polycule” qui regroupe l’ensemble des personnes liées entre elles par des relations. C’est un concept pour lequel j’ai moi-même encore du mal à définir les limites.

Des travers qu’on rencontre avec les couples ouverts, comme la chasse à la licorne ou le “one dick policy”.

Aborder la question de la parentalité dans un contexte polyamoureux.

Mais cela ferait un épisode bien trop long… Alors je compte sur vous pour me poser vos questions et, pourquoi pas, les aborder dans un épisode bonus ?

Je vais juste clôturer cet épisode par un point qui me tient particulièrement à coeur : J’entends souvent des personnes polya se définir comme queer de ce seul fait. Alors non, être polya ne fait pas de vous une personne queer. Vous trouverez pourquoi dans les notes, ou peut-être prochainement dans un épisode dédié ?

Je vous remercie une fois de plus pour votre attention et votre écoute. Et je serai très curieux·se de savoir comment vous, vous aimez.

On se retrouve le mois prochain pour un épisode spécial fêtes de fin d’année !

Si vous désirez en apprendre plus sur le sujet, et ce pour chaque épisode, vous trouverez un lien vers mes notes et ressources dans la description de chaque épisode. N’hésitez pas non plus à venir en débattre sur les réseaux sociaux, ils sont également disponibles dans la description.